dimanche 3 août 2008

Etre patriote aujourd’hui.

Ce jour là, je rendais visite à un cousin encore prisonnier de son fauteuil de convalescent, après une intervention chirurgicale délicate.
Accablé par les programmes de nos chaînes nationales de télévision, il s’était décidé à revoir le film de Mel Gibson « Patriot ». Lors de la scène qui retrace le calvaire des volontaires américains dans le campement d’hiver de valley Forge il me dit : « Hein ! c’étaient quand même de sacrés bons hommes. »
- : « Comme nos anciens de 14-18. » rétorquai-je.
: « C’est vrai que le mot « Patriote » se fait rare dans la langue Française. » me dis-je après l’avoir quitté.

Quelques jours après je mettais en pratique une idée qui m’était venue entre-temps : demander à quelques personnes ce qu’elles entendaient par le mot « Patriote ».
J’en vains d’abord à m’adresser (pourquoi pas ?) à une jeune fille qui, semblant disposer de tout son temps, dégustait d’un air absorbé une crème glacée.
: « Mademoiselle, accepteriez-vous de répondre à une question ? » Elle me regarda d’un drôle d’air puis finit par hocher la tête.
- : « Que signifie pour vous le mot « Patriotisme » ? » Redoublement d’étonnement.
- : « Mais c’est être Français. »
Mon deuxième « sondé », un jeune homme, patins à roulettes aux pieds et qui avait suspendu son périple dans les rues piétonnes pour fumer une cigarette ; j’en profitai :
- : « C’est être supporter de l’équipe de France. »

Un peu interloqué, je dirigeai mes pas vers la place André Malraux ou je m’assis sur un banc déjà occupé par un vieux monsieur que je saluai d’un petit signe de tête qu’il me rendit poliment.
A lui aussi je posais bientôt ma question.
- : « Voyez-vous, monsieur » me répondit-il.
: « C’est tout simplement l’amour que l’on a pour son pays et le désir de faire pour lui ce que l’on ferait pour une personne aimée : la respecter, la protéger, la défendre. »
Quant il se leva, un moment après, je vis qu’il boitait ; il se retourna vers moi
: « Un éclat dans le genou, sur la Loire, en juin 1940. Patriote ? Si vous voulez ; je n’ai fait que mon devoir de soldat comme beaucoup de mes camarades. Rien de commun avec les « Poilus ». Malheureusement…1 500 000 prisonniers en quelques jours…et ce serait bien pire encore maintenant. » ajouta-t-il.

Tandis qu’il s’éloignait en s’appuyant lourdement sur sa canne je me demandais : « Combien aujourd’hui pourraient répondre de façon aussi honnête, aussi simple, aussi humble à une telle question ? »

Alors, le « Patriote » ? Une espèce en voie de disparition ?
Quoi qu’il en soit, je me dit qu’il fallait répliquer ce que notre plus grand poète, Victor Hugo avait proclamé du haut de son rocher, un jour ou la République était mal en point :
« Et s’il en reste un, je serai celui-la. »

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